Réalisateur : Antoine Fuqua
Scénariste : John Lee Hancock
Actrices et acteurs principaux : Mark Wahlberg, Chiwetel Ejiofor
Le surnom de mon ex numero 12 : Voldemort
Date de sortie : 3 octobre 2021
Où le voir : Amazon Prime Vidéo
Synopsis officiel : Hanté par des souvenirs d’endroits inconnus, Evan McCauley rejoint un groupe secret de guerriers ressuscités : les Infinis. Il part en quête de réponses dans ses souvenirs qui sont la clé pour empêcher la destruction de l’humanité.
Il existe des êtres doués d’une intelligence supra normale, des génies qui possèdent entre autres la faculté d’assumer n’importe quelle identité. Est-ce que je suis vraiment l’éminent Docteur Snouf, psychiatre, parlant de Infinite ? Oui, pour la journée.
I. Le diagnostic différentiel
Le sujet, ou Infinite comme il préfère se faire appeler, a été diagnostiqué schizophrène durant son adolescence et placé sous traitement. Depuis toujours, il renie ses névroses et l’exprime parfois tel un mauvais acteur arrivé sur un film au scénario douteux dont le principal attrait resterait un home staging trop kitsch pour être honnête :
« Je suis pas dingue, je suis juste incompris ».
Tous mes confrères reconnaîtront l’argument typique d’une mauvaise foi incontrôlée.
Après étude approfondie, lors d’une reconstitution pour un entretien professionnel, le malade W. a déclaré :
« Il avait manqué de respect à une serveuse et je lui ai cassé le bras non intentionnellement »
Notez comme le sujet se met en avant en évoquant une situation qui, dans une société comme la nôtre, n’arrive jamais. Il nage en plein délire. Bien évidemment personne n’embauchera quelqu’un avec un tel handicap.
Enfin, dans ce genre de d’aliénation, il ne faut jamais contrarier le malade lorsqu’il pense être un surdoué des dates, événements historiques ou posséder de solides connaissances géographiques ou chimiques (moi-même je pratique la sculpture de savons à mes heures perdues). La conviction dans la voix et la carrure du patient W suffisent à dissuader tout interlocuteur qui souhaiterait le contrarier (mais ça il ne le conçoit pas et préfère penser être un génie). Si Infinite avait un QI ne serait-ce que supérieur à la moyenne, croyez-moi nous l’aurions détecté !
II. Traitement et préconisations
Notre centre de soins a mis en place un protocole unique avec un programme intensif inspiré des courses de l’hippodrome de Vincennes et de la technologie du centre pénitentiaire de Plurien.
Après une reconnaissance de son état, le malade Infinite a pu bénéficier des soins de notre centre de jour.
Un programme complet a été établi par les équipes médicales et nous avons pu démarrer rapidement avec notre patient préféré la cure « bien être ». Quelques éléments mis en exergue afin de vous expliquer notre démarche
Le katana
Infinite continue de s’amuser avec des bouts de ferraille et de l’eau chaude dans un atelier de fortune que nous lui avons construit rapidement au fond du parc, près de l’aile des sociopathes. Il dit qu’il sait faire, mais ne l’explique pas. Nous avons perçu le danger et pu développer une idée.
Ainsi, tremper des lames au lieu de se servir de celles-ci pour se scarifier et en faire des katana constitue une alternative intéressante et innovante. Nous travaillons avec mon équipe à ce sujet et développons d’ailleurs actuellement une option bris de glace pour les cas les plus délicats.
La course d’orientation en forêt
On ne le répétera jamais assez : le sport constitue un remède précieux pour le malade.
Par ailleurs, il ne faut pas négliger l’étude du cerveau reptilien chez l’homme. Une fois que les peurs primales de ce dernier sont réveillées et que l’on se focalise sur celles- ci, l’instinct de survie prend le dessus. C’est donc cet élément que fait fonctionner le cerveau en priorité lors de nos désormais célèbres et toniques séances d’ « orientation en forêt ».
Le sujet est exposé à des explosions faisant écho aux connexions interrompues de l’hypothalamus et qui sont propres à son environnement, mais amplifiées et déformées.
J’avoue avoir de manière ludique, mais non sans fierté, participé à la création de la dernière bande son utilisée sur le terrain minée qui sert aux malades. Sobrement intitulée «Heigh-Ho – High voltage Remix », elle enchante les oreilles des patients qui évoquent des chants d’oiseaux et des pommes empoisonnées lorsqu’ils l’entendent (un petit bug que je pense pouvoir prochainement régler avec mon confrère musicothérapeute Martial Solveigh)
Pour pouvoir exprimer ses peurs et expliciter ce qu’il a violemment intériorisé, le patient dispose d’un large éventail d’armes et d’explosifs et s’entraîne sur notre personnel volontaire ou les patients dont l’espérance de vie psychique est hélas terminée.
Non, bien sûr que non, nous ne mettons pas la vie du malade en danger. Vous nous prenez pour des sauvages ?!? Les armes et munitions viennent de vieux stocks d’ex URSS. Aucun danger je vous le certifie.
La balnéo-noyade
Que nenni, je démens avec force, il n’est pas vraiment question de noyade ! Nous ne sommes pas fous, vous savez ?!? Nous n’avons gardé l’étymologie du mot que pour des raisons pratico-pratiques de brevets cliniques déposés. En réalité, le patient Infinite est juste enfermé dans un étroit boyau de verre complètement immergé, sanglé jusqu’au sang et sans aucun moyen de s’échapper.
La reprogrammation neuronale opère ensuite par effleurements quasi imperceptibles assurant ainsi une détente optimale.
Les zoologues et moi-même sommes unanimes : si le programme est scrupuleusement suivi, il s’ensuit une dégénérescence quasi naturelle des neurones du patient. Certes, le processus peut paraître choquant, surtout pour le malade et son entourage, mais c’est à ce prix, et à ce prix seulement, que peut alors triompher la Science.
Plait- il ? La guérison ? Ah oui, naturellement il y a parfois guérison.
III. Conclusion
J’avoue ne pas avoir été assez vigilant. Nos équipes avaient depuis quelques temps remarqué l’attrait du patient pour l’encens et les origamis.
Lorsqu’ Infinite a commencé à pratiquer le qi gong (un vague travail concernant une énergie du corps… Une pratique non conventionnelle, mais enfin…), nous avons eu de sérieux doutes.
Mais nous faisions confiance et envisagions même la rémission.
Après plusieurs jours à revoir mes notes pour tenter de comprendre, je dois l’avouer : l’expérience a échoué. Le sujet s’est échappé et nous a envoyé une carte postale de Sri Jayawardenapura (Sri Lanka).
Il semble avoir décidé de se soigner par lui-même et de suivre une voix apparemment plus « céleste » (sic), se sentant parachuté, prêt à mourir pour ses valeurs spirituelles (lesquelles demeurent encore inconnues à ce jour).
Dans sa carte postale, il évoque simplement un appel à mourir « propre et de manière aérée » et non pas « au milieu de mes faux semblables qui croient encore au karma et à la réincarnation. Je suis déjà trop vieux pour ces conneries ». Poétique mais parfaitement incompréhensible et inentendable en termes psychiatriques.
Après cette étude, je n’ai plus jamais été le même. A ma grande surprise et pas celle de mon équipe, mes confrères m’ont radié de l’Ordre des Médecins. Nostalgique de cette désormais bienheureuse mais lointaine époque (les anxiolytiques c’est la vie vous savez), j’ai décidé de réutiliser mes notes pour me reconvertir dans l’édition des jeux de société.
Si vous souhaitez vous procurer un de nos jeux et/ou pour toute information complémentaire, vous pouvez contacter mes collègues Sigmund ou Gustav qui vous présenteront nos dernières sorties:
*Le petit pharmacologue/ Editions Bromure
*La lobotomie pour les 10- 12 ans / Editions Pikaglasse
*L’internement : jeu de société coopératif/ Création nopainnogame
Docteur Heinrich Wolgang Schtreuman Snouf
Docteur en Tanatopraxie et traitement au soufre et acide chlorydrique
Grand Wana Wana des psychotropes et autres dérivés du café et litium
Certificat de Compétences d’Équipier Secouriste
