Réalisateur : Carlos Mirabella-Davis
Scénariste : Carlos Mirabella-Davis
Actrices et acteurs principaux : Haley Bennett, Austin Stowell, Elizabeth Marvel
Mon thème astral : le même que James Dean
Date de sortie : 15 janvier 2020
Où le voir : en salle
Synopsis officiel : Hunter semble mener une vie parfaite aux côtés de Richie, son mari. Dès lors qu’elle tombe enceinte, elle développe un trouble compulsif du comportement alimentaire, le Pica, caractérisé par l’ingestion d’objets divers. Cette incontrôlable obsession ne cache- t-elle pas un secret plus terrible encore ?

Aux Etats- Unis, l’exposition Swallow attire des foules de plus en plus nombreuses et donne à voir un nouveau type d’Art. Rêve américain revisité ou manière de vivre renouvelée plus proche des mouvances féministes ?

Swallow – l’Oeuvre –  nous livre tous ses secrets.

Swallow est une exposition unique regroupant à la fois des tableaux d’art contemporain, des expériences hallucinées et des performances médusantes. L’œuvre se situe dans une banlieue cossue et en carton pâte américaine. La collection est organisée autour d’une série de parcours chronologiques et thématiques, et déploie les divers niveaux d’un film qui se voudrait à la fois psychedelico- transcendant dans la forme et fémino-sublunaire sur le fond. Pour les profanes en Arts, comprenez que l’art contemporain ne renouvelle pas l’art, il s’invente de lui-même et se créée de manière brute avec ce qu’il possède et a sous la main.

La salle 1 répond immédiatement à cette logique et s’ouvre sur le monde en aplat et camaïeux de Hunter, femme-potiche-pastel parfaite. On admirera notamment la joyeuse colorimétrie de l’intérieur de la maison faite à partir de grands panneaux aux teintes primaires et secondaires récupérées lors d’invendus et de meubles chinés avec goût (ou pas) sur Lemauvaispatelin.fr

C’est bien connu : sans moyen on est plus créatif. Le Waste Art a encore de beaux jours devant lui.

En passant par la galerie « Vie de famille/ Belle- famille » de la femme-potiche, notez le mari beau gosse, souriant et aimant, ainsi que la belle-famille en trompe l’œil. Ici Swallow ne fait pas dans le funky et le pop art. Les tonalités froides mais sanguines donnent un côté acerbe à l’œuvre et poussent le spectateur à envisager celle-ci dans ses deux dimensions opposées mais tellement photogéniques que sont les Apparences et la Vérité. Autrement dit, à ce stade de l’exposition, êtes-vous déjà écœurés de l’artificialité de notre monde ou souhaitez-vous aller au-delà de vos limites et entrer dans l’expérience suivante ?

Over the rainbow & swallow
AEKI 4 ever - © UFO Distribution

Car l’œuvre-clé de Swallow réside dans une performance incluant l’acte physiologique et mécanique d’avalement par le gosier humain.

Puisque nous sommes bien dans le domaine de l’Art contemporain et novateur, Swallow (= avaler – pas en français dans le texte) laisse à voir un personnage féminin qui décide de prendre sa vie en main. La première pulsion, improbable mais puissante et libératrice qui en résulte pour Hunter, est l’avalement d’objets. Peut-être aussi plus proche de nos sens originels (sinon comment justifier le fait que tous les loupiots aiment se fourrer dans la bouche tout ce qui leur passe sous le nez ; du chat à l’aspirateur), l’artiste commence timidement la performance en avalant une bille. C’est joli les billes, ça a le parfum de l’enfance et des cours de récréation. C’est finalement assez compatible avec notre tube digestif en termes d’élasticité et de souplesse. Rien de spécial, on goûterait presque.

Évidemment, la seconde performance poursuit le travail engagé. Hunter se redécouvre à mesure qu’elle avale des objets et pose l’irrémédiable et existentielle question : « peut- on aller encore plus loin dans son trouble mental ? » (Indice pour chez vous : oui, ça s’appelle la maladie de Pica)

La partie suivante, et médicale de l’exposition, est inévitable (dans tous les sens du terme). Pour la performeuse Hunter, elle relève de la nécessité de ne pas mourir. Qui peut dire combien de viscères et organes sont harponnés au passage d’une vis ou d’une batterie dans la partie digestive de l’être humain, je vous le demande ? Des tas! Oui messieurs-dames, des tas !

Côté belle-famille, elle montre qu’on est en réalité bien peu de chose en ce bas-monde si ce n’est une femme-objet juste bonne à faire la cuisine, choisir les teintes des rideaux et donner naissance aux futures progénitures (oui rien que ça. Merci madame, au revoir).

Over the rainbow & swallow
"Je parie que Machine est encore en train de vomir" © UFO Distribution

Enfin, la troisième et dernière performance, comme cachée sur les pistes de cd, se découvre plus subtilement et avec patience.

C’est là qu’on mesure le génie de l’artiste, qui exploite cette fois l’espace et le langage. Car « Swallow » peut aisément se penser « Sois low », autrement dit « sois bas ». C’est cette dernière partie de notre champ visuel (le ras de la moquette donc) qui interpelle nos sens.

Car enfin, ingurgiter des objets ronds, coupants, tranchants, à angles plats avec cosinus croisé sur une tangente c’est bien, mais encore faut-il un beau jour pouvoir les recracher. Vous venez de comprendre la trouvaille majeure de l’exposition : la cuvette des toilettes (j’ai crié au génie en comprenant), objet injustement boudé ailleurs et joyeusement mis en scène ici, lié tout le long au processus d’ingurgitation/régurgitation de l’œuvre, soit une bonne partie quand même en termes temporels. Et, pas que ! A mesure que Hunter s’enfourne clous, vis, terre et autres petites trouvailles, elle s’éloigne de plus en plus de son mari possessif, ses beaux- parents fourbes, sa vie délavée. C’est sans doute ce qui la pousse à continuer à se “nourrir” même si c’est parfois dans la douleur : trouver qui elle est vraiment et revenir à ses propres racines, certes moins « lumineuses » que sa vie de famille- vitrine, mais nécessaires pour enfin se comprendre et s’accepter.  Ainsi, si l’ustensile toilette en lui-même est couramment utilisé, il prend place dans le film tel un journal intime à l’écoute de sa propriétaire et ses soucis stomacaux. Toujours souriant, il ne juge pas son utilisatrice et la soutient indéfectiblement dans son propre parcours de vie.

Du wc bourgeois, cossu et individualiste du début, l’œuvre se conclura d’ailleurs sur des toilettes, mais cette fois publiques, sans fioriture et accessibles à tous.

Le wc c’est l’art du peuple.

Over the rainbow & swallow
Pile ce que je voulais avaler aujourd'hui - © UFO Distribution

Le clou du spectacle, le retour à la réalité de Hunter, désormais le cheveu sale et l’oeil hagard, est l’acceptation de son état avancé d’ébriété mentale, la junkfood et son addiction aux médocs (adieu petits objets pointus et rigolos, on s’est bien marrés).

Une vie normale quoi. La réalité et le face à face avec une vie banale : une mère folle, un drame redéfini en déni et… plein d’autres histoires familiales très drôles et bien réelles appartenant cette fois au personnage !

   

Merci de votre visite, nous espérons vous revoir bientôt.

Pour les estomacs sensibles et la continuité de l’œuvre, nous conseillons à nos aimables promeneurs l’inspiration nasale et la visualisation positive. Tentez ensuite de garder un maximum de temps les dernières bribes de nourriture (ou d’objets ?) dans votre tube gastrique puis faites le vide par le vomissement intense de manière symbiotique avec vos propres wc.

Bonne expérience.

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