Réalisateur : Nicolas Bedos
Scénariste : Nicolas Bedos
Actrices et acteurs principaux : Pierre Niney, Marine Vacth, Isabelle Adjani, François Cluzet
Canistrelli préférés : aux amandes
Date de sortie : 2 novembre 2022
Où le voir : au cinéma
Synopsis officiel : Lorsqu’un jeune gigolo tombe sous le charme d’une sublime arnaqueuse, c’est le début d’un plan machiavélique sous le soleil brûlant de la Côte d’Azur. Les deux amoureux sont-ils prêts à tout pour s’offrir une vie de rêve, quitte à sacrifier celle d’une ancienne gloire du cinéma et d’un agent immobilier ?
Passions, crimes, trahisons… Après « M. et Mme Adelman » et « La Belle Époque », Nicolas Bedos tourne en dérision le monde cruel de l’argent roi et nous livre une nouvelle fresque sentimentale.
Quand on me demande comment j’ai trouvé Mascarade, je réponds « C’était presque super, malheureusement, tout est dans le presque. »
Mascarade m’a très rapidement conquise, parce qu’on se laisse prendre au jeu des faux-semblants en attendant de voir ce que mijotent les personnages principaux ; interprétés par un formidable casting. Les dialogues sont percutants, les sujets abordés intéressants, les décors agréables et l’atmosphère style 1970s apporte un petit plus bienvenu. Bref, il n’y a aucune longueur et on se laisse aisément porter par l’histoire qui oscille entre le passé et le présent.
Malheureusement, les 3 dernières minutes viennent gâcher toute mon appréciation du film, car j’ai eu l’impression que Nicolas Bedos nous (me ?) prenait pour des cons. Après deux heures bien maîtrisées, le réalisateur nous sort de son chapeau une fin à chute que j’ai perçue comme une surenchère au mieux inutile, au pire incohérente.
Or ma vision des choses n’est pas celle de ma tante avec qui j’aime débattre des films que nous avons vus. Loin de se formaliser de cette fin, ma tata Nath a été très satisfaite par ce dénouement, allant jusqu’à dire que celui-ci faisait sens.
Attention c’est ici qu’on commence à spoiler !
Pour (re)mettre en contexte : Pierre Niney (Adrien) et Marine Vacth (Margot) organisent une super arnaque pour détrousser de très riches personnes et vivre, à leur tour, dans l’opulence. Cependant, l’arnaque est plus grosse qu’il n’y paraît puisque le personnage de Pierre Niney se fait, lui aussi, pigeonner par Margot qui planifiait un plan avec l’ancienne amante d’Adrien, Giulia (Laura Morante). Ce dernier, piégé, est donc laissé sans un sou par celle qu’il aimait.
« Moi et elle »
Voilà une trahison qu’on ne pouvait pas voir venir parce que Bedos ne nous donne presque aucun indice…
Mais, encore une fois, tout est dans le presque, car, comme l’explique ma tante : « Mais siii, Margot le dit bien à Adrien : “ce sera elle et moi dans une maison. »
Comprenons ici, ‘moi’ = Margot, et ‘elle’ = un autre personnage féminin que l’on pense sur le moment être sa fille. C’est-à-dire : “ce sera ma fille et moi dans une maison”.
Mal nous en a pris parce que se cachait derrière le ‘elle’, Giulia ; avec qui le personnage de Marine Vacth complotait depuis le début. Il fallait apparemment comprendre : “ce sera Giulia et moi dans une maison”
Par le biais d’un flashback – au moment du dénouement – le réalisateur et scénariste vient rappeler à nous cette phrase prononcée en début de film, tentant ainsi de donner un sens à sa fin abracadabrantesque ; pensant que n’importe quel spectateur s’en contentera.
« Pas d’homme dans ma vie »
Ma tata Nath, en fervente défenseuse de Nicolas Bedos, m’a écrit : « Si, si, il y avait des choses à entendre tout au long et il a fait son film en pensant à la fin bien sûr. Ce n’est pas un réal’ à la légère ; sa filmographie et lui sont reconnus. Je vais essayer de me souvenir d’autres choses. »
Après réflexion, ma tante est revenue vers moi pour me dire que Margot explique à Pierre Niney qu’elle ne veut pas d’homme dans sa vie, car ça finit toujours mal et dans la violence.
Ce à quoi je lui ai répondu que Marine Vacth lui dit ça au tout début de leur relation, c’est-à-dire au début de Mascarade, mais qu’entre le début et la fin s’écoulent plusieurs mois. Donc entre temps :
- Il lui prouve à maintes reprises qu’il ne peut pas être violent. Donnant même lieu à des scènes assez drôles dans lesquelles il est incapable de la frapper ; et cela même quand ceci fait partie de leur plan.
- Ils s’attachent sincèrement l’un à l’autre et tombent amoureux.
Mais tata Nath n’est pas d’accord. Pour elle, Margot n’est pas amoureuse d’Adrien.
C’est vrai que s’il lui dit je t’aime, elle ne lui dit jamais en retour. On pourrait donc imaginer qu’elle fait semblant et que tout cela fait partie de son plan avec Giulia.
Or, comme Pierre Niney l’explique : « Je t’ai suivi et observé de loin. Tu regardais sans cesse ton téléphone. T’attendais mes textos et quand enfin je te répondais, tu souriais. »*. Ce qui prouve bien qu’elle ne joue pas la comédie (parce qu’elle ne savait pas qu’Adrien était en train de l’épier) et qu’elle tient fortement à lui (et en tout cas, qu’elle est un minimum accro).
Si, d’accord, après les traumatismes et violences que Margot a subis de la part des hommes, dans son passé, il est compréhensible qu’elle ne soit pas prête à s’engager, je ne pense pas qu’elle puisse trahir Adrien ; qu’elle affectionne profondément (voire qu’elle aime).
*Dialogue approximatif (oui, on n’avait pas notre carnet de notes en regardant Mascarade)
La vengeance de son amante, une mascarade
En revanche, et comme le souligne ma tante, on aurait pu se douter que Giulia puisse trahir son ancien amant, qui a l’air de l’avoir abandonnée comme une moins que rien. Or, Bedos n’indique à aucun moment que Giulia éprouve toujours un ressentiment quelconque à son égard.
La seule chose qui aurait pu nous mettre sur la piste est l’histoire des faux-vrais tableaux. Pour résumer : l’ancienne amante de Niney devait aider le couple d’arnaqueurs à revendre les tableaux volés au personnage de Martha (Isabelle Adjani). Cependant, Margot annonce à Adrien que Giulia n’a pas pu les revendre parce que ceux-ci étaient des faux. Un gros mensonge, mais qui, en soi, n’a rien de surprenant, car Martha n’était plus aussi riche qu’elle le prétendait et tentait de sauver les apparences. On nous explique même qu’elle avait dû vendre plusieurs choses de valeur. Elle aurait donc très bien pu remplacer elle-même ses vrais tableaux par des faux et encaisser l’argent pour continuer d’entretenir sa coûteuse villa.
Bedos n’est pas Christopher Nolan
En bref, et à mon sens, le réalisateur abuse du retournement de situation en préférant la surenchère à la cohérence scénaristique.
La première chute de l’histoire – que nous ne spoilerons pas ici – est parfaite alors que la seconde n’est ni bien amenée ni nécessaire.
Loin d’un Inception ou Memento où l’on se dit que Christopher Nolan est brillant parce qu’on n’avait rien vu venir (alors que tout était devant nos yeux), avec Mascarade, on se dit : « Je ne l’ai pas vu venir parce qu’il n’y avait rien à voir venir, et Bedos nous prend pour des cons. »
Du post-féminisme au féminisme
Pire encore, avec cette chute, le réalisateur croit rendre service à son héroïne principale… Mais se montre en réalité très condescendant. Selon sa vision radicale, réductrice et dépassée, Margot ne peut s’épanouir pleinement dans un monde composé également d’hommes : il faut donc l’en éloigner et lui offrir une nouvelle coupe de cheveux (courte) qui défie les normes de la beauté féminine. Si cette vision était celle du courant féministe des années 1970, le post-féminisme actuel revendique plutôt la mixité sociale, la déconstruction des masculinités et tend à ne pas placer tous les hommes dans le même panier.
Mascarade est donc un film au pire misogyne, au mieux féministe mais en tout cas pas post-féministe.
Il aura alors fallu quelques minutes et un twist final malheureux pour que Nicolas Bedos vienne doublement gâcher son œuvre – jusqu’ici réussie.
Si certains se feront doublement pigeonner (comme ma tante que j’aime) et se satisferont d’un tel scénario, d’autres (moi-même) attendent mieux.
