Créateur : Eric Garcia
Actrices et acteurs principaux : Giancarlo Esposito, Rufus Sewell, Paz Vega, Rosaline Elbay, Jai Courtney, Tati Gabrielle et Peter Mark Kendall
Mon voleur préféré : Robin des bois (le renard, hein)
Année de diffusion :  2022
Où la voir : Netflix
Synopsis officiel : S’étendant sur un quart de siècle, Jigsaw est centré sur le plus grand casse jamais tenté, 70 milliards de dollars d’obligations qui ont disparu dans le centre de Manhattan pendant l’ouragan Sandy. La série se compose de huit parties allant de 24 ans avant le hold-up à un an après.

Je viens de finir Kaleidoscope, tu sais la série où tu dois/peux regarder les épisodes dans n’importe quel ordre… Laisse-moi t’expliquer pourquoi c’est vraiment une idée à la con.

Histoire de planter le décor, voilà dans quel ordre Netflix m’a fait aléatoirement regarder Kaleidoscope :

  • Rouge – Le matin après le braquage
  • Jaune – 6 semaines avant le braquage
  • Orange – 3 semaines avant le braquage
  • Vert – 7 ans avant le braquage
  • Bleu – 5 jours avant le braquage
  • Violet – 24 ans avant le braquage
  • Rose – 6 mois après le braquage
  • Blanc – le braquage

Bien curieux tout ça

Déjà ça ne partait pas très bien. En commençant par l’épisode qui se déroule le lendemain du casse, j’étais direct larguée. Mais je me suis dit que ça faisait partie du jeu, parce qu’après tout, c’est ça le principe comme ils disent dans l’épisode d‘introduction appelé ‘Black’ : « Soyez le témoin d’un casse qui s’étend sur 25 ans à travers une unique expérience télévisuelle où chaque épisode est une pièce du puzzle. Chaque spectateur regarde les épisodes dans un ordre différent, pénétrant dans l’histoire à différents moments dans le temps : comment ont-ils tout planifié ? Qui a trahi qui ? Qui s’en est tiré ? »

Sans trop comprendre ce qu’il se passait, j’ai décidé de me prendre au jeu et de continuer à regarder. Dès le second épisode, les choses ont commencé à s’éclaircir et à devenir plus intéressantes. Je décelais enfin certains plots de l’histoire et discernais les personnages de mieux en mieux. Piquée par la curiosité et l’envie de confirmer (ou d’infirmer) mes théories, je lançais le troisième épisode (Orange pour moi) et arrivais bientôt au quatrième (Vert).

Des épisodes flashbacks à savourer

En démarrant « Vert » j’étais propulsée 7 ans en arrière pour un épisode centré sur mes personnages préférés, à savoir Ray, Stan, Ava et Hannah (car si je connais maintenant à peu près toute la bande, seuls ces quatre-là ont toute mon attention).

  • Stan c’est le gentil gars attentionné qui s’est fait larguer sans raison par sa copine (qui s’appelle Judy et qui fait aussi partie du casse).
  • Ava c’est l’avocate femme-forte-badass et super loyale à laquelle j’aime m’identifier (un genre de Rosa de Brooklyn 99, mais en plus sociable).
  • Ray c’est le cerveau de l’opération qui me semble tout à fait sympathique, mais dont je connais encore mal les motivations. C’est d’ailleurs tout ce mystère qui plane autour de lui qui le rend intéressant, et qui, par ricochet, rend intéressants les personnes qui lui sont directement liées, c’est-à-dire Hannah, sa fille, et Roger Salas, celui qui se fait braquer.
Kaleidoscope : le braquage du spectateur
Green Is the New Black - ©Netflix

Ce gigantesque flashback, que constitue l’épisode Vert, est enfin l’occasion rêvée, pour moi, de répondre à quelques-unes de mes interrogations, et de découvrir les prémisses de la relation amicale – quasi paternelle – entre Stan et Ray, mais également d’observer la complicité – amoureuse – de Ray et Ava.

Clou du spectacle, à la fin de « Vert », les scénaristes nous proposent un immense cliffhanger qui vient réactiver ma curiosité. Après des années sans lui donner de nouvelles, Ray recontacte sa fille pour la mettre en garde contre son patron Salas :

« Chère Hannah, j’ai essayé d’écrire cette lettre au cours des 17 dernières années […] Il y a des erreurs que je dois corriger, des choses que tu dois savoir et des gens qui doivent payer. A commencer par Roger Salas. Il n’est pas celui que tu penses. Tout ne va pas bien dans ce monde. Nous devons réparer ça. Toi et moi, mon écureuil, c’est tout ce dont nous avons besoin. »

Par des indices ici et là, je commençais déjà à comprendre que Salas était un sale type qui avait certainement trahi Ray et qu’un lourd passif se cachait entre les deux. Cette lettre était la preuve que j’étais sur la bonne voie. J’avais maintenant besoin de savoir : QUOI ??? Que s’était-il passé entre les deux pour que l’un décide de braquer l’autre ? Ce n’était clairement pas une histoire d’argent. A cet instant précis, il fallait que j’en sache plus ! Et j’espérais bien en apprendre plus rapidement. Malheureusement, il a fallu que je patiente encore un peu puisque le prochain épisode que Netflix me propose se déroule 5 jours avant le braquage…

Je ne me souviens honnêtement pas de ce qu’il s’y passe. A ce moment-là, tout ce qui m’importe réellement est de voir comment la relation entre Ray et Salas a dégénéré.

Après un entracte de plus d’une quarantaine de minutes à regarder « Bleu », aléatoirement, Netflix lance l’épisode que j’attendais tant et qui porte le nom de « Violet ».

Kaleidoscope : le braquage du spectateur
The Man In the vault - ©Netflix

Il faut donc remonter 24 ans avant le casse pour découvrir l’événement qui fit tout basculer entre les deux complices et lever le voile sur mes interrogations :

  •       Comment tout avait-il commencé entre les deux ?
  •       Comment Ray et Salas procédaient-ils pour braquer quelques milliardaires ici et là ?
  •       Comment Ray s’était-il retrouvé en prison et avait perdu sa femme ?
  •       Pourquoi Ava avait-elle dû prendre soin d’Hannah ?

Si objectivement cet épisode flashback n’est pas parfait – notamment d’un point de vue maquillage et effets visuels, parce que le rajeunissement des personnages est quasiment inexistant -, subjectivement il vient assouvir mon besoin de réponses, et devient alors, pour moi, le meilleur épisode de la série. La suite n’allait être que déception.

Après avoir regardé 6 épisodes de Kaleidoscope il ne m’en reste plus que deux à visionner : Blanc (le braquage) et Rose (6 mois après le braquage). La plateforme décide de lancer Rose ; le pire épisode de la série (et de l’histoire des séries).

Enfoncer des portes ouvertes

Il y a un personnage que je n’ai pas encore présenté dans cet article ou plutôt deux. Bob et sa femme Judy.

Bob c’est le gros balourd, cliché du personnage incapable de se contrôler quand quelqu’un effleure sa femme, et un gros crétin qui se croit plus malin que les autres et essaye d’entuber tout le monde. Tu le vois arriver : ça lui retombe sur la gueule et on m’informe dans « Rouge » qu’il est mort pendant le braquage… Mais, surprise, il a survécu ! Il fallait s’y attendre… Or, je n’en avais tellement rien à faire de lui que ça ne m’avait pas effleuré l’esprit, ça m’arrangeait même qu’il ne soit plus de ce monde.

Visiblement en manque n’inspiration, les scénaristes laissent vivre Bob pour en faire le méchant teubé et violent de l’histoire, qui a soif de vengeance et n’hésite pas à liquider tout le monde pour espérer revoir sa femme et les thunes du braquage.

Sa vendetta donne une mauvaise dynamique à cet épisode final et tout dégénère rapidement sans qu’on comprenne réellement pourquoi. Le dénouement est tragique, dans plusieurs sens du terme : (1) presque tout le monde meurt et (2) le rendu est désastreux. Désastreux parce que je me dis « tout ça pour ça » : des années de préparation pour eux, et plusieurs heures d’investissement pour moi, pour se retrouver avec un show qui balaie tout ce qui avait été construit jusqu’ici.

C’est donc très dubitative que je finis cet épisode, mais mon calvaire n’est techniquement pas terminé. Certes, « Rose » est chronologiquement le dernier épisode de Kaleidoscope, mais il m’en reste en fait un à regarder : « Blanc », c’est-à-dire le braquage. Quoi de pire que de terminer par le casse quand tu sais tout ce qu’il y a avant et tout ce qu’il y a après ? Rien, je t’assure, rien.

Je n’ai pas envie de le regarder, l’épisode « Rose » m’a déçue et les arcs narratifs qui m’intéressaient le plus sont passés. Certes, il y a encore quelques zones d’ombre, mais je m’en fous. Qu’est-ce que ça va m’apporter après tout de regarder le braquage ? Je sais déjà comment ils vont procéder et je sais que presque tout le monde va mourir ou finir malheureux.

Kaleidoscope : le braquage du spectateur
Le Kaleidoscope de papel - ©Netflix

Je laisse passer quelques jours et me force à visionner le casse. On apprend comment Bob a été laissé pour mort. Spoiler alert: sa femme le met K.O. Si on peut la comprendre, ce choix est une énième preuve que Judy est un personnage bancal qui ne sait qui choisir entre son ex Stan et son mari Bob. Les scénaristes tentent d’en faire un personnage complexe, tiraillé intérieurement, mais on n’y croit pas une seule seconde. C’est nul. Judy, t’es nulle.

Dans la famille des nuls, j’appelle maintenant Hannah. Si tu te souviens, je l’aimais bien… jusqu’à cet épisode. On se rend compte que c’est elle qui a piqué l’argent pour le rendre à leurs propriétaires (des riches connards). Pourquoi ? Parce qu’elle avait peur que son papa se fasse retrouver et tuer par eux, et qu’elle ne voulait pas le perdre. C’est mignon, mais est-ce une raison suffisante ? Je ne pense pas. J’appelle plutôt ça une pirouette scénaristique et une vaine tentative de créer des twists sans raison…

Bon ok, pas vraiment sans raison, parce qu’il faut bien tenter d’entretenir le suspense à chaque épisode puisque le principe est de les regarder aléatoirement.  En revanche, par cet ultime choix scénaristique, le concept montre, une fois de plus, ses limites. Hannah, t’es nulle et c’est à cause de toi si tout le monde meurt.

Netflix en manque d’inspiration ?

Kaleidoscope est selon moi une nouvelle tentative pour Netflix d’innover et se démarquer de la concurrence. Loin de son concept intéressant d’histoires interactives (Black Mirror: Bandersnatch, Unbreakable Kimmy Schmidt: Kimmy vs. the Reverend), la plateforme nous propose, ici, une idée à la con.

Catégorisée comme thriller, la série peine à remplir le seul prérequis inhérent à son genre, j’ai nommé : la tension narrative.

En tentant, tant bien que mal de créer et maintenir une tension narrative, les scénaristes s’éloignent du thriller et s’enfoncent dans une série d’action bourrine qui manque de subtilité et de suspense.

Kaleidoscope est victime de son propre concept : en plaçant le dénouement au hasard, il est fort probable que beaucoup de spectateurs seront lassés d’attendre… d’attendre quoi au juste ? Comme en témoigne mon expérience personnelle, quand on connait le début et la fin, on se fiche bien du milieu… Sauf si c’est bien construit.

Si Christopher Nolan a réussi Memento (un film se terminant par le milieu) c’est parce qu’il a construit son histoire de manière à ce qu’elle se déroule dans ordre un précis, c’est-à-dire choisi et non aléatoire. Une bonne narration n’est pas à laisser au hasard.

Et, quand bien même, regarder la nouvelle série dans l’ordre chronologique corrigerait le problème de manque de suspense, le rendu serait toujours très moyen.

Avec Kaleidoscope, Salas n’est pas le seul à se faire braquer… Les spectateurs aussi, et ce, peu importe l’ordre de visionnage.

Partager.

Laisse une réponse