Réalisateur : Matt Bettinelli-Olpin, Tyler Gillett
Scénariste : James Vanderbilt, Guy Busick
Actrices et acteurs principaux : Melissa Barrera, Jenna Ortega, Jasmin Savoy Brown, Mason Gooding
Mon film d’horreur préféré : Scream 1
Date de sortie : 8 mars 2023
Où le voir : au cinéma
Synopsis officiel : Après avoir frappé à trois reprises à Woodsboro, après avoir terrorisé le campus de Windsor et les studios d’Hollywood, Ghostface a décidé de sévir dans Big Apple, mais dans une ville aussi grande que New-York personne ne vous entendra crier…
Maintenant que tout le monde ou presque a vu Scream VI (ou 6, selon vos goûts), c'est l'heure de faire un petit bilan sur ce qui fonctionne et sur ce qui tient de l'accident industriel au sein du film de Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett. Attention, on va spoiler massivement.
Avant de commencer, on replace le contexte : Scream VI s’intéresse à nouveau aux sœurs Carpenter et à leurs amis, comme pour continuer à tirer un trait sur l’ancien casting et à souffler un vent frais sur une saga qui en est tout de même à son sixième opus. En gros, si le précédent amorçait le divorce, celui-ci semble presque définitivement signé avec la seule présence de Courtney Cox pour rappeler d’où on vient et l’absence de Neve Campbell pour souligner où on va. Reste à savoir si tout ça en vaut encore la peine…
J’insiste : à partir de ce point, on va révéler des morceaux d’intrigues donc si tu veux te garder la surprise, reviens me voir après ton visionnage.
Bonne idée : une introduction qui casse les codes
Si tu as raté le matraquage promotionnel, sache que ce Scream VI a fait pas mal de promesses sur sa césure avec ses prédécesseurs en réinventant la franchise, notamment avec un nouveau lieu et surtout un Ghostface différent ! Une promesse qui paraît tenue lors des dix premières minutes du film.
En effet, les introductions des films de la saga ont toujours fonctionné comme une note d’intention de ce qui va suivre. Scream premier du nom imposait son esprit méta avec ce fameux « quel est ton film d’horreur préféré ? », Scream 3 tuait sa star hollywoodienne avant de critiquer l’aspect marketing de cette industrie ou encore Scream 4 avec sa tuerie en poupées russes avant de s’en prendre aux remakes.
Scream VI a l’une des meilleures introductions de la franchise, car comment mieux marquer le ton qu’en démasquant son Ghostface directement après son premier meurtre ? On voulait de l’inédit, nous voilà servis, cette fois, on connaîtra l’identité du tueur depuis le début, inversant la recette éculée du whodunit de Craven.
Une bascule qui n’aurait sûrement pas été au goût de tout le monde et à la posture courageuse, les scénaristes préfèrent malheureusement rapidement rentrer dans les clous en écartant la fausse piste au profit d’un autre Ghostface, bien masqué cette fois-ci. Encore.
Mauvaise idée : Grosse Pomme pour gros melon ?
L’autre petit changement présenté depuis le début est le déménagement de notre casting, désormais bien implanté à New York. Ce n’est pas la première fois que l’on quitte Woodsboro, et dès Scream II, on suivait notre trio originel sur le campus de Windsor. Bref, il faudra plus qu’un renouvellement du décor pour nous impressionner.
Toutefois, l’idée de New York avait du potentiel, rien que parce qu’on quitterait les grandes maisons de Woodsboro (ou d’Hollywood) pour des espaces plus confinés, une population omniprésente ainsi que des forces de l’ordre en nombre conséquent. En gros, pas mal de nouveaux défis pour Ghostface.
Là encore, on a droit à un coup dans l’eau. Certes, l’usage des petits espaces est intelligemment pensé par la mise en scène, mais narrativement, New York n’a aucun intérêt. La police n’est pas plus présente, le nombre de témoins potentiels n’est jamais un problème et, au contraire, on en vient à souligner plusieurs incohérences justement parce qu’on se situe à New York. Comment Ghostface peut se trouver dans l’appartement de Gale qui n’a qu’une entrée ? Pourquoi nos héros ne prennent jamais le taxi, bien plus sécurisant ?
La seule utilité de ce déménagement est évidente : une scène. Une scène teasée depuis la première vidéo promo : celle du métro. Oui, le métro new-yorkais bondé permet une des meilleures séquences du film, mais cette dernière ne doit pas son succès autant à l’environnement qu’à la bêtise des personnages.
Mauvaise idée : tuer par sa propre connerie
Qui jugerait un slasher sur son scénario ? Vendredi 13 n’en a jamais eu et ça ne l’a jamais empêché d’enchaîner les opus. Sauf que tout le sel de Scream tient justement à son écriture qui interroge sans cesse les clichés du genre pour mieux en jouer, y compris au travers des protagonistes ayant pleinement conscience de leur univers. Au fil de leurs confrontations avec Ghostface, nos héros évoluent, apprennent à viser la tête ou à se foutre des coups de fils du tueur. À la fin du premier Scream, Sidney la proie se transformait en chasseuse.
Et si le début de Scream VI laisse penser que nos nouveaux héros ont appris de leurs erreurs passées, obligeant le scénario à revoir sa formule comme ce fût le cas pour ses prédécesseurs, il suffit que Ghostface frappe une fois pour que tout s’emballe et que le casting oublie son cerveau au vestiaire.
Il convient de surligner l’importance de la cohérence. Un bon scénario doit être pensé de sorte que les actes des personnages semblent l’influencer afin de le faire évoluer dans un sens ou dans un autre. Dans le premier Scream, Stu tombe dans le cliché du mec qui se sépare du groupe ? Plot twist, c’est lui le tueur.
Scream VI envoie littéralement valser ce concept. Ici, c’est le scénario qui dicte les actes des personnages en fonction de ses besoins alors que l’esprit de la franchise leur impose dans le même temps d’en avoir conscience. On se retrouve donc avec des scènes étranges comme lorsque quelqu’un émet l’hypothèse qu’un tueur se cache forcément parmi eux et qu’il ne faut pas se perdre de vue, se regroupant alors à l’appartement, avant que deux secondes plus tard l’un d’eux manque à l’appel et que la coloc couche avec un inconnu. Et que dire de toutes ces fois où l’on fuit alors que le tueur est à terre, attendant d’être achevé ? Parce que sinon le film ne pourrait pas se conclure comme il le veut. Scream VI ? Non, Scary Movie.
La palme de la stupidité est gagnée par cette fameuse séquence du métro puisque, hormis la nécessité d’y placer une attaque, rien ne justifie que les personnages agissent ainsi à ce stade là du film. Concrètement, on peut citer une dizaine de façons d’éviter ce traquenard en faisant preuve de la logique la plus élémentaire (s’attendre à l’arrêt suivant, changer de rame, etc.). Rien n’a de sens, personne ne s’inquiète vraiment jamais, et la souris s’est elle-même mise la tête dans le piège.
La meilleure arme de Ghostface, c’est le scénario.
Bonne idée : un tueur sachant tuer...
C’est l’une des qualités que l’on surligne le plus sur les réseaux et dans les différentes critiques : le goût pour la boucherie de ce nouveau Ghostface.
Pour le coup, il faut reconnaître à ce Scream une vraie violence graphique, preuve que le duo de réalisateurs maîtrise mieux son sujet que le duo de scénaristes.
Quitte à mettre en scène des absurdités, autant le faire avec une certaine classe et Ghostface ne manque pas de créativité pour créer la différence. Qu’il range le frigo ou qu’il ait tapé dans l’œil d’un pauvre psychiatre, notre tueur ne s’amuse plus à jouer avec ses victimes secondaires et ne se contente plus de taillader ou de faire quelques trous.
Si originalité il y a au sein de ce long-métrage, elle se situe effectivement au niveau de ce qu’il montre bien plus que de ce qu’il ne raconte. Un fait qui aurait suffi dans peut-être n’importe quelle autre franchise, mais pas dans Scream justement parce que ça n’a jamais été son but. À moins qu’il s’agisse du rebondissement ultime : en réalité, ce n’est pas un Scream, mais un Stab, les faux films inspirés par les meurtres de Woodsboro ! Non ? Non.
Bonne idée : un méta plus discret, mais plus intelligent ?
Là encore, certaines critiques l’ont bien souligné : Scream VI n’est pas le film le plus méta de la saga, se contentant presque d’un pauvre monologue sur les franchises pour se rappeler qu’il doit avoir conscience de lui-même.
Néanmoins, ça serait faire un procès d’intention sévère puisqu’il semble évident que si les scénaristes n’ont retenu que deux choses dans leur définition de Scream, c’est bien Ghostface ET méta. Et ce dernier est bel et bien présent tout au long du métrage.
On passera sur les clins d’œil forcés comme le coup de poing pris par Gale pour mieux s’intéresser aux petites phrases glissées ici et là avec un poil plus de subtilité. On peut dire que le film s’amuse beaucoup des différentes théories des fans en surlignant l’absurdité d’imaginer Sidney en Ghostface ou que Stu ait survécu tout ce temps. Autre victime : Courtney Cox, dernière rescapée de l’ancien casting, dont l’importance de la saga dans la carrière est désormais sujette à moquerie.
L’aspect nostalgie paraît ainsi moins mis en avant, comme pour marquer le pas et amorcer véritablement l’avènement d’une nouvelle génération. Une table rase nécessaire, mais malheureusement peut-être trop tardive.
Mauvaise idée : sang est assez
Tout simplement parce que Scream VI, une fois sortie de sa petite zone de confort et du tacle facile, n’a rien à raconter et continue de surfer sur la pire idée du monde : le sang appelle le sang.
Si Samantha, fille de Billy Loomis effrayée d’être comme son père, était déjà une belle bêtise, insinuant que la psychopathie meurtrière pouvait se transmettre par l’ADN, ce sixième épisode va encore plus loin dès l’instant que l’on connaît l’identité de Ghostface (au passage, évidente dès la moitié du film) : désormais, il suffit d’être lié par le sang pour être un tueur sanguinaire en puissance.
On imagine bien la porte ouverte par cette fumisterie : la suite s’écrit toute seule puisqu’on peut maintenant cacher n’importe qui sous le masque tant qu’il y a un lien sanguin avec un précédent Ghostface : le frère, la tante, le grand-père en fauteuil roulant.
Je vais être bon joueur, la seule chose à réellement en tirer serait de voir dans la suite un affrontement entre Ghostfaces en forme de tragédie familiale. J’annonce : Scream VII avec la fille de Billy versus la cousine germaine au 3e degré de Stu. Tu l’auras lu ici en premier.
