Réalisateur : Jaco van Dormael
Scénariste : Jaco van Dormael
Acteurs principaux : Daniel Auteuil, Pascal Duquenne
Mon premier Pokemon : Carapuce
Date de sortie : 16 mai 1996
Où le voir : support vidéo ou VOD
Synopsis officiel : Harry est un homme seul qui se voue sept jours sur sept à son travail.
Tout va basculer quand il va rencontrer Georges, une personne handicapée
mentale, qui vit dans l’instant. Ces deux êtres que tout oppose vont
devenir inséparables.
Pour toi, Le Huitième jour est un film de Jaco van Dormael avec Daniel Auteuil et Pascal Duquenne. Pour moi, c’est le souvenir des chutes du Niagara lacrymales vécues lors de sa découverte imprévue. Attends, je te raconte.
Jeudi dernier, alors que j’étais occupé comme d’habitude à résoudre le conflit Ben et Nuts, ma copine m’a posé la question que tout homme redoute : existe-t-il une infinité de quadruplets de nombres premiers ? Sur quoi, je lui réponds évidemment que non, et que si elle m’aime vraiment, elle me fera assez confiance pour ne pas me demander de justifier ma réponse.
Devant ses petits yeux suppliants, j’ai fait comme quiconque serait surpris au lit avec sa maîtresse et j’ai changé de sujet.
« En parlant de nombre, quel film te fait verser le plus de larmes ? »
Boum ! J’avais fait mouche. Abandonnant toute velléité mathématique, elle se mit à réfléchir quelques instants avant de me répondre Titanic. Je la comprends, je sanglote également à chaque fois que le bateau coule. C’était un si beau bateau.
« Et toi ? »
Le Huitième jour ma petite Dudule de Savoie, Le Huitième jour.
L’époque des programmes tv…
Nous sommes en 2005 après Jésus Christ et les jeunes comme moi regardaient encore l’ancêtre des plates-formes de streaming : les chaînes de télévision. Vivant chez mon père et m’ennuyant autant que François Hollande en Corrèze, la télé était un peu ma meilleure amie : on passait notre temps ensemble sans qu’il n’y ait de tension sexuelle.
En ces temps troublés, la Bible s’appelait le programme TV. Un magazine répertoriant tout ce qui passait sur les chaînes à toute heure, partageant également des news sur des célébrités qui finissaient invariablement avec une moustache dessinée au stylo. Un magazine en qui on avait une foi aveugle. Jusqu’à la trahison (disgrâââââce, l’esprit du mal est marqué sur sa faaaace – Le Roi Lion 2 référence bébé !).
Je t’explique. Ce soir-là, le programme m’annonçait la diffusion de L’Associé du Diable sur France 3. Un film avec Keanu Reeves, Al Pacino et Charlize Theron que je n’avais jamais vu à l’époque. Donc qu’est-ce qu’on fait ? On va dans sa chambre et on se prépare à s’associer au Malin pour une bonne soirée ciné.
Le Huitième Jour, Dieu créa Kleenex
Je m’attendais à tout au lancement du film, sauf à Daniel Auteuil. Je ne peux même plus te dire pourquoi je n’ai pas changé de chaîne. L’emprise que ce qui se révéla s’appeler Le Huitième jour a immédiatement eu sur moi ? La flemme ? Toujours est-il que ce n’était pas ce qu’on m’avait promis, mais foutu pour foutu, allons-y.
Pour être honnête, je ne sais même plus à quel moment j’ai commencé à transpirer de l’œil. Je crois que c’est dès le premier sourire de Pascal Duquenne, alias Georges. Un handicapé mental au grand cœur qui ne va pas laisser le mien tranquille pendant presque deux heures. Et deux heures à chialer, je peux te dire que c’est long et humide.
Toujours est-il qu’il ne s’était pas passé quinze minutes, réellement, que j’avais, contre toutes mes attentes, sorti déjà un mouchoir. Le regard de Georges, si simple, si franc, provoquait l’érosion de la carapace d’Harry (Auteuil) alors que la mienne volait en éclat. Et une fois les vannes ouvertes, je n’ai jamais réussi à les fermer.
Surtout que le film a bien décidé d’appuyer là où ça fait mal. Parce que Georges ne va pas avoir une vie facile dans son rapport aux autres et il suffit qu’une serveuse refuse sa fleur en découvrant son handicap ou que sa propre famille le rejette, pour que je fasse deux aller-retour dans le placard du salon pour renouveler mon stock de mouchoirs. Franchement, c’est bien la première fois qu’un ado remplit autant une corbeille avec ces derniers. Officiellement.
Évidemment, sans te révéler ce qui s’y passe (j’espère que tu l’as déjà vu de toute manière), je peux te dire que la fin m’a littéralement laissé sur le carreau et que je me suis roulé en boule toute la nuit. Ado brisé et asséché que j’étais. Si le but du cinéma est de provoquer des émotions, alors Le Huitième jour constitue pour moi un sacré morceau de cinéma.
Le Neuvième jour
En toute sincérité, j’adorerai te raconter tout ça en étant capable de t’expliquer mon état scène par scène (autour d’un article réaction live par exemple), mais j’avoue que suite à cette expérience sensitive, j’ai un rapport extrêmement personnel à ce long-métrage et qu’à part utiliser « ouin ouin », je n’arriverais pas à te décrire plus fidèlement mon ressenti.
Le Huitième jour a épuisé toutes les larmes de mon corps lors de ma première fois et à chaque revisionnage, j’essaie de résister, en vain. J’ai beau utiliser moins de mouchoirs, je craque systématiquement. À des moments différents, à une intensité différente, mais je finis toujours par ouvrir les vannes. Pourtant je ne suis pas particulièrement sensible au quotidien, mais ce film fonctionne sur moi comme une cure émotionnelle qui me libère de tout, y compris de mon stock de Kleenex.
J’ai davantage revu Le Huitième jour que L’Associé du Diable.
Sinon jeudi dernier du coup on a encore revu Titanic.
