Créatreurs : Dan Goor, Michael Schur
Produit par : Fremulon
Actrices et acteurs principaux : Andy Samberg, Stéphanie Beatriz, Terry Crews, Melissa Fumero,, Joe Lo Truglio, Andre Braugher
Mon arbre préféré : le Gilles Bouleau (pardon)
Années de diffusion : 12 août 2021 sur NBC
Où la voir : Netflix
Synopsis officiel : On avait laissé les bonnes fées du commissariat du 9.9. penchées sur le berceau d’un nouveau venu dans l’équipe : le petit Mac, fruit des amours de Peralta et de Santiago… Les deux tourtereaux parviendront-ils à concilier couches-culottes et menottes ?
Il n'est jamais trop tard pour revenir sur l'ultime saison d'une des meilleures séries comiques de ces dernières années. Il n'est jamais trop tard pour parler des violences policières. Il n'est jamais trop tard pour analyser Brooklyn Nine-Nine, saison 8.
Un an après sa diffusion sur NBC, la saison 8 de Brooklyn Nine-Nine a débarqué sur Netflix et dire que j’avais hâte de me jeter sur ces dix épisodes finaux tient de l’euphémisme. Non seulement, je voulais savoir comment Jake, Amy, Holt et les autres allaient fermer les portes du commissariat (pour les spectateurs du moins), mais aussi comment les scénaristes aborderaient la mort de George Floyd.
Petit rappel de la situation.
Brooklyn Nine-Nine est un bijou comique qu’il faut absolument regarder. C’est un fait. En outre, la série a su se bonifier, notamment en parvenant à faire vivre ses membres au-delà de son personnage principal (tacle à la gorge gratuit à The Big Bang Theory). Outre l’humour, le show n’a jamais esquivé les sujets de société les plus délicats à travers ses policiers. Les scénaristes abordent de front les complications vécues par Holt dont l’homosexualité et la couleur de peau ont fait obstacle à son avancement ; ou encore la bisexualité de Rosa. Un œil sur le monde qui ne pouvait se fermer sur l’affaire George Floyd ; cristallisation des violences policières sous fond de racisme aux États-Unis (et ailleurs ?…) et le mouvement Black Lives Matter.
Alors que l’écriture de la saison 8, la dernière, était bien entamée, voilà que la série devait faire un choix : allait-elle faire l’autruche et continuer à nous présenter la police comme une belle bande de copains attachants ou allait-elle tenter de remettre en question l’institution qu’elle met en scène ?
Un début en électrochoc
L’acteur Terry Crews (Terry Jeffords) apportait la réponse avant même le tournage de cette ultime saison : alors que la mise en boîte allait débuter avec quatre épisodes déjà écrits, tout a été mis à la poubelle par le showrunner Dan Goor suite à l’affaire Floyd et l’épidémie de Coronavirus. Hors de question d’esquiver.
Non, Brooklyn Nine-Nine n’évitera pas les sujets qui fâchent, et mieux, elle entend même prendre ses responsabilités, et ce, dès le premier épisode. Intitulé « The Good Ones », cet ultime retour ne perd pas de temps en annonçant les répercussions de la mort de George Floyd dans la vie de nos personnages. Holt et Kevin se sont séparés – le racisme quotidien vécu par le premier ayant chamboulé les fondations de leur foyer -, et Rosa a démissionné. Un choc. La femme la plus inébranlable de la brigade a jeté l’éponge, incapable d’ignorer les dérives d’une institution à laquelle elle appartient.
Une situation que notre éternel optimiste Jake a du mal à vivre. Il en vient à aider cette dernière, désormais détective privée aidant les victimes de violences policières, afin de prouver la culpabilité de deux agents. Tout est bien qui finit bien ? L’histoire ne s’arrête pas là.
Sans prendre de gants, la série annonce la couleur : le système est pourri. Face à un Jake convaincu qu’il y a des bons flics dans le lot et que la justice finit toujours par l’emporter, on nous présente une vérité bien plus amère : celle où la lenteur de la bureaucratie, les conflits d’intérêts et la force des syndicats empêchent la vérité de s’exprimer. La gangrène est ancrée si profondément au sein de l’institution que même le meilleur flic se retrouve impuissant. Brooklyn Nine-Nine sait nous faire rire et elle sait aussi nous mettre des baffes. Le début de cette ultime saison nous en met une belle.
Nine-Nine !
Un problème récurrent qui fonctionnera en fil rouge toute la saison, bouleversant le destin de notre brigade préférée. Leur principale épine dans le pied sera ainsi incarnée par le chef du syndicat de la police Frank O’Sullivan – joué par le toujours génial John C. McGinley (Dr. Cox dans Scrubs) -, dont le seul intérêt est d’éviter qu’un flic puisse être reconnu coupable.
Quelle solution alors ? Pour la série, puisqu’on ne peut punir les coupables en uniformes à l’heure actuelle, alors il faut réformer la police de l’intérieur. C’est ainsi qu’à l’issue de ces dix épisodes, Holt et Amy quittent le district pour piloter un projet officiel annonciateur de changements et d’inclusivité. Après avoir débuté amèrement, le show se conclut sur une note d’espoir : quelque part, il y a encore de bons flics conscients de leurs responsabilités et capables de faire bouger les choses.
Une conclusion qui n’aurait pas pu voir le jour sans le talent des scénaristes qui n’ont jamais oublié leurs personnages et la société dans laquelle ils évoluent. De sorte que même si Black Lives Matter a provoqué quelques bouleversements scénaristiques, on a le sentiment qu’ils interviennent naturellement, comme si c’était la fin la plus logique.
La saison 8 de Brooklyn Nine-Nine est une réponse. Une réponse non pas à un événement ou à une grogne des fans, mais une réponse aux mentalités. Face à la peur de l’autre, à la colère, au repli sur soi, aux injonctions sociales, on nous propose une solution en apparence simple : l’ouverture d’esprit. Cette ouverture d’esprit qui nous pousse à accepter qu’un adulescent passionné par son travail, héros de sa série (au sens propre), finisse par l’abandonner pour devenir un père au foyer responsable, laissant à sa femme le premier rôle. Cette ouverture d’esprit qui affirme que le bonheur peut s’écrire à plusieurs ou seule et sans enfant. Brooklyn Nine-Nine s’achève comme on en avait besoin : l’arme rangée et la main tendue.
