Réalisateur : David Cronenberg
Scénariste : David Cronenberg
Actrices et acteurs principaux : Viggo Mortensen, Léa Seydoux, Kirsten Stewart
Mon proverbe préféré : « si tu ne sais pas quoi faire, ne fais rien » (proverbe jamaïcain)
Date de sortie : 25 mai 2022
Où le voir : Orange
Synopsis officiel : alors que l’espèce humaine s’adapte à un environnement de synthèse, le corps humain est l’objet de transformations et de mutations nouvelles. Avec la complicité de sa partenaire Caprice, Saul Tenser, célèbre artiste performer, met en scène la métamorphose de ses organes dans des spectacles d’avant-garde.
Quel était le réel intérêt de ce Crimes of the Future ? Je ne sais pas, mais j’ai perdu mon temps.
J’avoue qu’avec Vidéodrome (1983), David Cronenberg m’avait surprise. C’était assez bizarre comme visionnage (j’ai failli vomir de mémoire), mais parfois je pense qu’il vaut mieux un film marquant et “choc” plutôt qu’un film plat et sans substance qui ne te laissera rien de marquant J’avais par ailleurs vraiment adoré Faux semblant (1988) (avec Jeremy Irons). Ce long métrage me semblait porter un nouveau regard sur la gémellité. L’ambiance médicale et les personnages torturés m’avaient fascinée. Le traitement de l’image était sombre mais nouveau pour l’époque. J’avais frissonné. Avec Crimes of the Future (2022), en revanche, bah j’ai rien compris.
Alors, oui, pour être glauque c’est glauque. Quand tu vois un gars déambuler, se désarticuler et gesticuler avec un corps recouvert d’oreilles, tu es en droit de te dire “ça c’est glauque”. Tu comprends aussi que la chirurgie a une place prépondérante dans la vie de Cronenberg quand tu as souvent (trop souvent) l’impression d’assister à un cours de chirurgie à la Sorbonne plutôt que de voir un film. Ouvrir des corps, lacérer des corps, recoudre des corps et même – allons – y carrément – prendre son pied avec des corps (au sens propre comme figuré)
Niveaux acteurs, et comme toujours, Léa Seydoux est énigmatique et chiante à souhait. Comme toujours Kirsten Stewart feint de savoir jouer en faisant bouger ses muscles faciaux et nous faire croire qu’elle a du talent en tant qu’actrice. Volonté du réalisateur ? A-t-on embauché un stagiaire pour les dialogues et le scénario, on ne sait pas ? Viggo Mortensen est bon, bien qu’il soit vraiment très agaçant : toujours drapé dans sa cape tel Zorro, à sans arrêt se cacher et toussotant plus qu’il n’exprime. Alors oui c’est entendu, il a un petit problème. Des organes, de nouveaux organes j’entends, lui poussent à l’intérieur du corps. Précisément c’est là que Cronenberg souhaitait, enfin j’imagine, que l’on arrive. Car le film est porté par une première idée.
Qu’est-ce que la Beauté ? Bien entendu, le sens premier et qui viendrait sans doute à l’idée d’une majorité des spectateurs serait l’esthétique pure et dure d’un corps, ou d’un visage. Elle répondrait à certains critères : historique, légendaire, en vogue ou purement personnel. La beauté intérieure, elle, ne serait sans doute pas ce que vous croyez ou ce qu’elle était. Exit la beauté de l’âme, sa grandeur ou son état. Adieu l’ardeur et le feu intérieur qui brûlent en toi ! Au revoir à jamais beauté symbolique et impalpable.
Cronenberg invente la beauté concrète mais interne au corps humain. Parfaitement. Selon Cronenberg, nos petits organes internes (intestin, viscères et divers, poumons…) méritent qu’on s’attarde sur leur beauté.
Et comme on s’émerveille d’un enfant qui vient au monde, le réalisateur fait émerger des corps humains des organes, de nouveaux organes. La prouesse est telle que dans Crimes of the Future, on n’a rien trouvé de mieux qu’en faire un spectacle de qualité. Je comprends très bien et trouve ça très novateur dans la vision qu’il y a des choses. Après tout, qu’est-ce que le Beau ? Qu’est-ce que le Beau sinon notre propre vision des choses et du monde qui nous entoure. Le Beau “de l’intérieur” existerait-il ?
Par ailleurs, pour faire émerger ces organes, quoi de mieux qu’un acte chirurgical bien préparé et agrandi pour le plaisir des yeux. L’extraction d’organes a tant gagné en popularité qu’elle en est devenue un art prisé, un spectacle de haut vol où se faire charcuter est l’apanage d’artistes-chirurgiens. Seydoux, en mal de sensations, reste insondable et plate à souhait. Et à moins de travailler en concession funéraire, tu n’auras jamais la chance d’admirer des organes de cette façon. A la différence qu’ici, le “modèle” est toujours en vie. Et alors ? Comme si se faire opérer sous anesthésie locale était nouveau ? Comme si assister à un découpage en règle sur une table d’opération n’était pas déjà possible ? On connaît déjà et donc, Monsieur Cronenberg, même avec 2 acteurs biens sur le papier, ben ça n’apporte rien.
Mortensen, c’est l’artiste. Il est le corps dont se sert sa partenaire de scène pour se faire languir les foules venues exprès le voir. Aussi, il doit se maintenir en forme. C’est ainsi que via des joujoux organiques, il fait appel à la technologie d’une firme assez étrange et utilise des appareils mi-robotisés mi-grosses bêbêtes vivantes.
Quelle idée de dormir dans un machin pareil ! Au tout début du film, Mortensen surgit de ce qui semble lui servir de lit : une anatomie baveuse et bien trop grosse pour entrer dans ton F2, croisement d’un mammouth et de Jabba le Hutt. J’ai pensé à un organisme vivant, tellement vivant que je m’attendais à ce qu’on lui donne un p’tit nom, qu’il fasse son rot et un petit popo avec un ramasse-crottes intégré (comme à Disneyland) ou qu’il soit muni d’un petit entonnoir afin de le gaver comme les oies à Noël. Déception, quand tu nous tiens …
Et comme si cela n’était pas déjà incompréhensible, Stewart nous glisse à l’oreille que le charcutage des corps serait le “nouvel acte sexuel”. Un peu de sexe, effectivement, et à ce stade de Crimes of the Future, c’était tout ce qu’il manquait pour faire un bon Cronenberg. Mais là aussi, rien de nouveau. Dans le monde entier, le sexe est déjà vécu de moult façons, y compris de manière “viscérale”, c’est le cas de le dire. Lis un bouquin de Jean- Christophe Grangé (qui fait beaucoup de recherches en ce domaine) ou abonne-toi à Géo magazine, et tu verras que le corps humain est déjà vecteur d’expériences à la fois sexuelles et chirurgicales (ZZZzzzzzzz……….)
Sauf qu’ici, je suis déçue. Le réalisateur choque souvent de par ses propos, sa filmographie. En 1987, on lui doit le fantastique La Mouche (1986), avec Jeff Goldblum en apprenti sorcier du pamphile. Horrible et fascinant. Cronenberg m’a happée dans son monde. Dans Cosmopolis (2012), il revisite notre monde mais vu de l’intérieur d’une limousine et révèle un Robert Pattinson un tantinet différent de ce qu’on pensait de lui. En 2005, on note aussi l’excellent A history of violence ou comment le quotidien tranquille et routinier d’un homme se transforme en cauchemar dès lors qu’il est exposé au monde entier via les médias.
Que propose Crimes of the Future ? Rien d’autre qu’un monde sombre et décadent – Et si je rematais Existenz ? Des personnages au passé psychotique et aux manies ridicules – Déjà vu dans A dangerous method. Une vision du corps humain déchirée et tourmentée – Crash était nettement plus dérangeant.
Il en ressort un film, comme toujours, étrange et atemporel, des personnages tourmentés aux questions existentielles – sauf pour toi – et un scénario qu’on comprend mais qui laisse pourtant une impression brouillonne. Surtout, il en ressort un film qui t’a fait perdre 1h48 de ta vie et fait virer l’ennui.
Cronenberg fait du Cronenberg et finit par piquer un peu d’inspiration (et surtout faire beaucoup de copiés-collés) de ses précédentes œuvres. Le glauque made by Cronenberg aurait-il atteint ses limites cinématographiques ? En tout cas, il prépare encore un film pour 2024.
