Créateurs : Ronald D. Moore, Ben Nedivi, Matt Wolpert
Produit par : Apple TV+
Actrices et acteurs principaux : Joel Kinnaman, Wrenn Schmidt, Michael Dorman, Jodi Balfour, Sarah Jones, Krys Marshall, Shantel VanSanten et Sonya Walger
Un film que j’ai arrêté au bout de 5 minutes : The Tragedy of Macbeth
Années de diffusion : Depuis 2019
Où la voir : Apple TV+
Synopsis officiel : Imaginez un monde dans lequel la course à l’espace n’aurait jamais pris fin. Le programme spatial de la NASA est resté au coeur de la culture américaine et au plus proche des espoirs et des rêves de tout un chacun. Les astronautes de la NASA, véritables héros et rock-stars de leur époque, doivent gérer la pression qui pèsent sur leurs épaules, tout en gérant la vie de leurs familles.
Pourquoi faire une Troisième Guerre mondiale sur la Lune quand on peut la faire sur la Terre ? C’est la question que je me suis posée après l’invasion de l’Ukraine par Poutine.
Si t’as déjà regardé Grey’s Anatomy, tu sais ce que j’entends par « bon gros show dramatique à l’américaine » : des rires, des larmes, des histoires d’amour, d’amitié et surtout des personnages à qui il est arrivé des choses incroyables (autant positives que négatives) et qui ont failli mourir plein de fois (et parfois sont morts). Bref, ta petite vie pépère à côté de celle des médecins du Grey Sloan, c’est du pipi de chat. D’ailleurs, la seule chose que tu as probablement en commun avec Meredith Grey c’est d’avoir chopé le COVID. Parce que ne va pas me dire que t’as connu un crash d’avion ou opéré un patient avec engin explosif coincé dans le thorax.
Rassure-toi, t’es quelqu’un de normal. C’est juste que certains shows américains te font croire que ta vie n’est pas trépidante parce que les showrunners aiment mettre sur pied des histoires extraordinaires quitte à tomber dans l’invraisemblable et le too much.
Si on croyait avoir tout vu après 24 Heures Chono, Desperate Housewives, Lost ou encore The Handmaid’s Tale, Apple TV+ place la barre de l’abus encore plus haute avec sa série For All Mankind.
« Je crois que notre nation court un grave danger. Ce danger devient plus pressant chaque jour qui passe. Les fusées stratégiques russes sont plus grosses, plus nombreuses et plus puissantes que celles des Etats-Unis. Si nous souhaitons la paix, nous devons montrer notre force. Aujourd’hui nous sommes le dernier meilleur espoir de l’humanité. […] Le monde entier nous regarde en scrutant les cieux et en contemplant le mont le plus élevé du ciel, où nous avons bâti une cité qui apportera la lumière de la liberté. »
Le président des Etats-Unis (Saison 2, Episode 1)
Dès le début de la saison 2, le ton est donné : les gendarmes du monde sont pour une fois en difficulté face à l’URSS; un scénario peu probable, mais qui réussit à mettre le spectateur en haleine (effrayé de ce qu’il pourrait advenir du monde libre).
On sent bien ici l’excès de zèle du jeune scénariste qui a voulu trouver l’idée la plus originale qui soit et qui s’est dit « et si pour une fois on faisait croire que les Etats-Unis pourraient perdre face à la Russie ? »
Par contre, personne n’a pensé à dire aux showrunners que l’angle « la meilleure défense c’est l’attaque » était utilisé (et usé) depuis la préhistoire. Même Poutine, pourtant en retard sur son temps, s’est servi de cette excuse pour envahir l’Ukraine.
Pour le coup, on peut même dire qu’il fait preuve de plus d’originalité que n’importe quel scénariste de série, parce qu’on sent bien sa tentative de donner la part belle à ce pays trop longtemps sous estimé… Dans cette Histoire-ci, ce ne sont pas les Américains les héros, mais bien les Ukrainiens qui sont en premières lignes et s’érigent en vaillants défenseurs du monde libre. On ne le savait pas, mais Poutine est finalement un philanthrope qui s’ignore en valorisant le peuple de Volodymyr Zelenskyy.
Pendant ce temps, ils font quoi les scénaristes de For All Mankind ? Comme d’habitude, ils font de leurs personnages principaux des Captains America. Un peu dommage… D’autant plus lorsque l’on sait qu’il existe de très bons acteurs étrangers qu’on verrait bien dans des rôles principaux (le président de l’Ukraine, pour n’en citer qu’un).
Bon ok, je suis un peu de mauvaise foi : puisque la série se situe dans un contexte de guerre froide, c’est logique qu’elle soit centrée sur la rivalité entre Etats-Unis et URSS. Si ce n’était pas le cas, on dirait que les scénaristes vont trop loin… Et en tout cas plus loin que ce qu’ils nous proposent déjà.
En effet, quoi de mieux pour un drame américain que d’offrir aux spectateurs le scénario catastrophe d’une Troisième Guerre mondiale ? Rien. Enfin presque rien parce qu’Apple TV+ répond : une Troisième Guerre mondiale sur la Lune. Qui aurait l’idée d’imaginer un truc pareil ? Même ça, Grey’s Anatomy ne l’avait pas encore fait !
Faut avouer que les combats sur la Lune ça claque quand même beaucoup plus que des soldats qui envahissent un pays et explosent des villes à coup de missiles. Le seul inconvénient dans l’espace, c’est qu’il n’y a pas de civils à sacrifier pour émouvoir le spectateur… Mais les showrunners ont trouvé la parade pour créer l’émotion : envoyer deux personnages principaux sur la surface lunaire sans combinaison. Alors oui, ils meurent, mais ils meurent en héros et ça, ça vaut bien qu’on verse quelques petites larmes.
Comme si tout ce pathos ne suffisait pas, les scénaristes décident d’enfoncer le clou avec un geste hautement symbolique qui désamorce un temps les tensions avec l’URSS : une petite poignée de main pour l’homme, mais une grande poignée de main pour la paix. Grâce à ce Russe et cette Américaine qui bravent les interdits, et décident de montrer leur entente commune, le monde retrouve sa stabilité. C’est too much, mais ça fait son petit effet au visionnage.
La scène devient une vraie source d’inspiration pour le spectateur qui se dit que chacun, à sa petite échelle, a le pouvoir d’agir et de faire changer les choses.
Bon, en réalité, les Russes qui s’opposent au pouvoir en place se font matraquer la tronche et serrer la main à des millions d’habitants de la Russie ne servirait à rien pour restaurer la paix.
Mais si les séries américaines nous ont appris une chose, c’est que chaque scénario catastrophe comporte sa lueur d’espoir. A voir si l’Histoire que nous propose Poutine comporte la sienne, parce que notre actualité ressemble de plus en plus à un drame qui part beaucoup trop loin.
