Réalisateur : Colin Trevorrow
Scénariste : Colin Trevorrow, Emily Carmichael
Actrices et acteurs principaux : Chris Pratt, Bryce Dallas Howard, Sam Neill, Laura Dern, Jeff Goldblum
La marque de mon ordi : Asus
Date de sortie : 8 juin 2022
Où le voir : au cinéma
Synopsis officiel : Quatre ans après la destruction de Isla Nublar. Les dinosaures font désormais partie du quotidien de l’humanité entière. Un équilibre fragile qui va remettre en question la domination de l’espèce humaine maintenant qu’elle doit partager son espace avec les créatures les plus féroces que l’histoire ait jamais connues.

Jurassic World : le monde d'après est-il le pire de la saga ? Est-il écrit et réalisé par un homme contrôlé par un rat sur sa tête ? Est-il aussi trompeur qu'un faux profil sur Tinder ? Tant de questions, cinq réponses.

Le dernier navet, pardon, le dernier volet de la franchise pilotée par Colin Trevorrow vient de sortir en salles avec le retour du bonhomme derrière la caméra; lui qui avait bien fait de la laisser à Juan Antonio Bayona pour Fallen Kingdom. La seule chose que m’a prouvé Jurassic World : le monde d’après, c’est que si Colin était resté à la barre de Star Wars IX, on aurait peut-être eu pire que le gros étron arrivé en salles et rien que ça, ça me provoque un frisson d’effroi…

Mais au lieu de partir sur toute une analyse avec entrée, plat, dessert, café gourmand de cet ultime (pitié, pitié, pitié) chapitre de la saga Jurassic, je vais plutôt t’expliquer en cinq exemples, le pourquoi du comment il vaut mieux se faire opérer des dents de sagesse que de payer une place de ciné pour voir ce film.

Et je vais spoiler évidemment comme un vilain petit canard, te voilà prévenu.

Jurassic World n'est pas moche, il n'a juste pas un physique facile

165 millions de budget et une campagne promotionnelle qui a dû coûter tout autant pour accoucher d’un enfant qui a manifestement les oreilles à la place du nez et le menton dans l’œil, j’ai bien envie de dire que le studio a dépensé sans compter et surtout sans regarder.

Jurassic World : le monde d'après – 5 preuves d'un foutage de gueule
Regarde Simba, toute cette immensité baignée de lumière est notre royaume. @ Universal Studios

Si le film se targue d’avoir utilisé de nombreux animatroniques – grand bien lui fasse -, il semblerait pourtant que le temps accordé aux effets-spéciaux n’ait pas été à la hauteur de l’entreprise. Comme pour appuyer le fait que les dinosaures n’ont pas leur place dans notre monde, les incrustations de ces derniers, que ce soit au milieu de chevaux, sur un gratte-ciel ou tout simplement poursuivant nos héros, sont extrêmement laides, sans implantation naturelle. Loin du réalisme du premier Jurassic Park, on a constamment l’impression de regarder quelque chose de rajouté à la dernière minute en post-production. Un constat encore plus saisissant dès lors que la caméra s’intéresse au vélociraptor Blue (Da Ba Dee) et sa progéniture, symboles d’un traitement par-dessus la jambe. 

 

Évidemment, la mise en scène sans inspiration de Trevorrow ne viendra pas camoufler les ratures, préférant au contraire appuyer des plans Photoshop juste parce qu’il veut faire comme papa Spielberg alors qu’il a le talent d’un homme-tronc pianiste.

Fan service et formol

L’un des gros arguments de vente de Jurassic World : le monde d’après était le retour du trio original, Alan Grant (Sam Neill), Ellie Sattler (Laura Dern) et Ian Malcom (Jeff Goldblum). Surprise, loin de faire qu’une apparition, ces derniers ont un vrai temps de présence à l’écran ! J’aurais juste préféré que ce ne soit pas pour se tourner en ridicule. Parce que si, pour nous, plus de vingt ans ont passé depuis le premier Jurassic Park, pour eux et le scénario, c’était manifestement hier. 

Trevorrow et sa co-scénariste Emily Carmichael ont bien compris ce que représentait la mode des legacy sequels – qu’ils ont eux-mêmes contribué à lancer après le succès du premier Jurassic World – et on décidé de jouer la carte de la nostalgie. À fond, à fond, à fond comme dirait la marionnette de Jean Alesi. Parce que comme si ça ne suffisait pas de reprendre des scènes presque à l’identique du premier Jurassic, sans leur donner le moindre impact, ils ont littéralement plongé notre trio dans le formol. 

Occultant les années et les deux autres opus Jurassic Park, Trevorrow a pensé que ça nous ferait plaisir de voir Alan et Ellie se draguer comme deux ados (parce que tu comprends, les non-dits subtils dans le premier étaient trop frustrants) et Ian en théoricien du chaos qui ne fait que répéter ce qu’un autre lui dit. Des personnages qui n’ont donc eu aucune évolution, ni psychologique (alors que niveau dinos, ils ont de l’expérience) ni vestimentaire. Histoire d’être vraiment sûrs qu’on les reconnaisse. 

Jurassic World : le monde d’après se positionne comme une démarche cynique et commerciale de se rattacher coûte que coûte à l’esprit du premier en prenant le fan et les personnages qu’il aime pour des idiots. Désolé, j’ai arrêté d’être crédule au vingtième e-mail de la gendarmerie.

Denver, le gentil dinosaure

Dans la trilogie originale, le retour des anciens s’accompagnait surtout d’une pléthore de seconds couteaux sacrifiables. Bah oui, dans un film avec des dinosaures gigantesques, on s’attend à ce que ça croque un peu sous la dent. 

 

Mais lorsqu’on décide de réunir tout le casting avec les nouveaux, les originels et les copains optionnels, qui on transforme en chair à dinos ? Une tête d’affiche ? Ne compte pas sur Trevorrow pour oser le moindre rebondissement courageux. Et comme il n’y a que des têtes d’affiche… chacun se retrouve désormais avec un ticket d’or pour invincible-ville. De là, j’ai envie de poser une question au réalisateur : déjà que ta caméra ne parvient pas à créer le frisson, comment je suis censé ressentir la moindre tension quand je sais que personne ne va y passer ?!

Jurassic World : le monde d'après – 5 preuves d'un foutage de gueule
Promo de film, dédicace, crémaillière, Le Jeff Goldbonàtoutfaire @ Universal Studios

Les protagonistes semblent également savoir qu’ils ne risquent jamais rien, sinon comment expliquer que seulement deux figurants réagissent à la libération de carnivores dans un marché noir ? Il faut dire que le scénario se surpasse pour empêcher ce qui paraît pourtant inévitable avec LE petit truc imparable : avoir fait des carnassiers cons comme la lune. Les prédateurs rivalisent d’idées pour arriver à esquiver la bouffe alors que celle-ci se trouve à 10 cm, sans possibilité de s’échapper. Aveugles et sans odorat, le constat est clair : les dinos ont aussi attrapé le covid

Tu sers à rien Kevin !

Principe de base : dans une histoire, on est censé partir d’une situation A pour arriver à une situation B. C’est ce qui montre qu’on a la volonté de raconter quelque chose, on nous emmène dans une direction qui va faire évoluer le propos initial, que ce soit sur les thématiques ou les personnages. 

Jurassic World : le monde d’après se torche avec ce principe. L’ensemble du film n’aura aucun impact sur le discours final qui se trouve être exactement le même que celui de l’introduction. On a juste tourné en rond avec une intrigue à la Mission : Impossible comme pour brasser du vent avant que l’inspiration ne vienne. Spoiler : elle ne viendra pas. 

À l’image des anciens (dont je t’ai parlé plus haut), Chris Pratt et Bryce Dallas Howard n’ont strictement rien de nouveau à dire, à raconter, et se contentent de bouger tout le temps afin de créer l’illusion du mouvement. Au générique, je n’ai pas pu m’empêcher de me dire « et alors ? ». Et alors rien.

Mensonge sur la marchandise

C’est là que tu vas me dire, avec ton petit air malicieux, « comment il ne peut rien raconter alors que la fin de Fallen Kingdom ouvrait sur l’événement majeur : les dinos sont désormais parmi nous ?! ».  Eh bien mon petit, tout simplement parce que, là aussi, Trevorrow a fait sa spéciale, c’est-à-dire lancer une idée en l’air et partir sur une autre avant qu’elle ne retombe. Je t’explique. 

Tu te souviens du prologue Battle at Big Rock avec un T-Rex envahissant un drive-in américain ? C’était tendu, glaçant, et on se disait que si Le Monde d’après était de ce niveau, on allait avoir une conclusion mémorable ? Ce prologue est uniquement là pour te faire payer ta place en salle. Uniquement ? Uniquement.

Jurassic World : le monde d'après – 5 preuves d'un foutage de gueule
Bonjour, avez-vous validé votre solde C. P. F ? @ Universal Studios

Parce que ce Jurassic World 3 est une gigantesque promesse non tenue ! Toute l’idée de vivre avec la présence des dinosaures, de ne pas se faire bouffer par les carnivores, de surveiller les bouleversements de la faune et de la flore causés par les herbivores, etc., l’ensemble des pistes à explorer doit être au fond d’une vieille corbeille. Surprise, Le Monde d’après se passe 4 ans après Fallen Kingdom et à part quelques habitudes à prendre et du business au marché noir à se faire, ne t’inquiète pas, tout se passe bien pour la cohabitation avec des créatures d’un autre temps. 

Pire, non seulement le retour des créatures préhistoriques n’a pas franchement d’impact dans nos vies, mais le métrage n’a tellement rien à raconter autour (alors que même ma petite sœur de cinq ans te trouverait mille trucs à dire) que Trevorrow parvient au bout d’une heure de film à nous remettre… dans un parc ! Enfin, pardon, une « réserve » surveillée. Comment y voir autre chose qu’un immense doigt d’honneur adressé à nos illusions ? 

Jurassic World : le monde d’après est signé par un mec qui ne saurait pas démarrer un ascenseur même avec le mode d’emploi et qui essaie de te vendre son urine en te faisant croire que c’est du jus d’orange. Les dinosaures ont officiellement disparu et j’espère que sa carrière suivra l’exemple

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