Créateur : Dan Erickson
Produit par : Gerry Robert Byrne, Aoife McArdle
Actrices et acteurs principaux : Adam Scott, Britt Lower, Patricia Arquette
Ma passion : le vélo elliptique
Année de diffusion :  2022
Où la voir : Apple TV+
Synopsis officiel : Mark Scout travaille pour Lumon Industries où il dirige une équipe dont les employés subissent une opération chirurgicale de séparation entre leurs souvenirs liés à leur vie professionnelle et ceux liés à leur vie privée. Cette expérience de l’équilibre entre travail et vie personnelle est remise en cause lorsque Mark se retrouve au cœur d’un mystère qui le forcera à affronter la vraie nature de son travail.

Je pense que c’est parce qu’il y a beaucoup de choses à améliorer dans notre système professionnel que les séries comme Severance sont utiles. Elles nous apprennent ce que devient un monde où la notion de valeur travail prend tout son sens, son réel sens. Le travail serait la vie. Et quelle vie ! Je te laisse imaginer et juger.

Lorsque j’ai visionné Severance, j’y ai littéralement vu le travail de demain, les prémices d’une société où nos jobs prendraient une place autrement plus importante dans nos vies et surtout dans nos têtes.

Severance décrit une entreprise au-travers, notamment,  la vie de bureau du personnage de Mark, et de ses trois collègues (Dylan, Helly et Irving). Assignés à un open space froid et au centre d’une grande pièce sans fenêtre, ces quatre-là sont l’image-même de ce qui pourrait arriver demain dans nos vies.

Car au fond, ton entreprise possède quelques avantages, certes. Elle te permet de gagner ta vie (plus ou moins bien), de bénéficier – Ô joie – d’une mutuelle, d’avoir quelques avantages de ton comité social d’entreprise (génial les 10% de rabais sur les entrées pour le cirque et pour tes enfants) entre autres. Mais quand même, elle possède certains traits qui pourraient te pousser à dire que parfois, tu aimerais pouvoir passer en mode automatique au boulot : ne plus subir les interminables réunions de service ou encore, ne pas avoir à être un agent polyvalent alors que ta fiche de poste est clairement établie. Surtout, tu n’as parfois qu’une envie : finir ta journée et rentrer te réfugier dans ta bulle sans avoir à penser taf jusqu’au lendemain. Alors que certaines sociétés tentent d’améliorer le bien être de leurs employés pendant les heures de bureau , d’autres choisissent des stratégies plus radicales. Severance en est la parfaite illustration.

J'aime ma vie au bureau - ©Apple TV+

Par exemple, et en premier lieu, on aimerait pouvoir réellement se déconnecter une fois rentrée chez soi. Chez Lumon Industries, cette déconnexion est désormais tout à fait possible. Finies les irruptions WhatsApp de tes collègues au milieu de ta liste de contacts, fini le mail arrivé à 21H00 par ton chef de service pour effectuer une tâche pour la veille, finie cette sensation de devoir non accompli une fois rentré chez toi parce que tu n’as pas eu le temps de bien relire ton dernier article avant de le remettre au service compta. Non, chez Lumon Industries, on ne mélange jamais vie privée et vie professionnelle. Et pour cause, lorsque tu pénètres dans le hall d’entrée de l’immeuble de cette boîte, ton cerveau switche automatiquement sur le mode travail. Te voilà prêt pour une nouvelle journée.

Le secret, c’est cette petite puce implantée par la gentille entreprise Lumon dans ton cerveau. Pratique, elle te permet de concilier, tout en les séparant, ta journée de turbin de ta vie personnelle.

Un autre exemple de système innovant : dans ton travail, tu as davantage l’impression de subir ton manager au lieu de l’envisager comme un guide spirituel ? Chez Lumon Industries, c’est terminé. Le manager maintient un juste équilibre entre punition et récompense. Et quelle récompense !! Imagine. Ton chef vous gratifie d’un inespéré cadeau, toi et ton équipe, pour un chiffre d’affaires qui a été réalisé. Ce même chef te donne l’occasion d’écouter de la musique et de danser, tout ça sous les spotlights cachés et au sein même de ton bureau. Tu en as rêvé, Severance l’a fait.

Terminée aussi la réunionite aiguë qui te ronge depuis toujours. Pas d’assemblée, de réunion de service ou autre formation interne. Tu ne vois que les gens de ton service et ton manager. Ton seul espace de travail contient tout ce dont tu as besoin. Plus aucune discussion futile autour d’une potentielle machine à café, plus d’arrêt intempestif dans le couloir pour prendre des nouvelles du petit dernier de ta collègue du service compta. Dans Severance, le travail est réduit, et c’est tant mieux pour tout le monde, à ce qu’il doit réellement être : le travail. Chaque service reste confiné dans son bureau à la recherche de la production optimale à l’état pur. Cessons d’être humain et concentrons-nous sur l’essentiel.

Enfin, finie la recherche incessante d’un sens à ton emploi. Lorsque Helly se « réveille » après son opération (l’insertion de la puce dans son cerveau permettant de dissocier son « elle au travail » de son « elle vie privée »), elle n’a pas besoin de réfléchir. Il lui suffit de s’asseoir à son chaleureux bureau, regarder l’ordinateur, et apprendre à assembler les chiffres qui apparaissent à l’écran et les mettre dans des boîtes. Encore une fois, il s’agit d’être pragmatique. A bas l’être humain et sa quête ennuyeuse de raison d’être au travail. Faisons mettre au personnel des chiffres dans des boîtes, ça vaut mieux pour tout le monde.

Et donc il y d'autres services que le nôtre ???!!? - ©Apple TV+

Lumon Industries est la quintessence du travail créé pour le travail, sans reconnaissance pour l’humain et ses aspirations professionnelles. Le concept est génial, il ferait gagner tellement de temps et d’énergie aux entreprises de la planète. Oui, sauf que… Sauf qu’à force de vouloir dissocier vie privée et vie professionnelle, de vouloir aliéner l’homme et le réduire à de la simple main d’œuvre, Lumon Industries fait germer, en chacun des quatre personnages principaux, une révolte forte et sourde.

Irving devient dingue le jour où un collègue dont il est tombé amoureux décide de prendre sa retraite. Pourquoi venir travailler quand les personnes qu’on apprécie ne sont plus là ? 

Dylan disjoncte lorsqu’une erreur de son supérieur lui laisse accéder à un pan de sa vie privée : l’existence d’un enfant, son fils. Dès lors, pourquoi venir travailler alors que l’on a un enfant à chérir mais que l’on n’est même plus capable de se rappeler de la réalité de celui-ci ?

Helly ne rentre décidément pas dans la case d’employée idéale décidée pour elle par Lumon Industries. A quoi bon faire un travail qui n’a pas de sens ?

Enfin, Mark a l’occasion de faire se confronter ses deux « lui ». Celui de la vie privée et celui de la vie professionnelle. En interagissant et en recoupant les informations de ses deux identités, ce personnage devine qu’il est la victime d’une entreprise qui lui vole son âme et ses émotions.

Des managers à l'écoute et bienveillants - ©Apple TV+

Severance est cette série qui m’a autant fascinée qu’effrayée. Aujourd’hui, certaines multinationales tournées vers les réseaux informatiques, et dont nous tairons le nom, permettent déjà aux employés de « vivre » en lieu et place de leurs bureaux tout en leur garantissant ainsi de ne plus avoir besoin de voir le monde extérieur réel. Dans certains pays d’Asie, il est possible de venir travailler la nuit si l’envie vous en prend ou que vous pensez n’avoir rien de mieux à faire. Lorsque l’on postule à un poste aujourd’hui, il n’est pas rare que l’on vous demande, de manière cachée, de vous dévouer corps et âme à votre entreprise. C’est ce genre de vision cauchemardesque du travail que propose Severance. Heureusement, ce n’est qu’une fiction.

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