Réalisateur : Peter Weir
Scénariste : Andrew Niccol
Actrices et acteurs principaux : Jim Carrey, Ed Harris, Laura Linney
Mon émission de télé-réalité favorite : Koh-Lanta
Date de sortie : 5 juin 1998
Où le voir : DVD ou Blu-ray
Synopsis officiel : Truman Burbank mène une vie calme et heureuse. Il habite dans un petit pavillon propret de la radieuse station balnéaire de Seahaven. Il part tous les matins à son bureau d’agent d’assurances dont il ressort huit heures plus tard pour regagner son foyer, savourer le confort de son habitat modèle, la bonne humeur inaltérable et le sourire mécanique de sa femme, Meryl. Mais parfois, Truman étouffe sous tant de bonheur et la nuit l’angoisse le submerge. Il se sent de plus en plus étranger, comme si son entourage jouait un rôle. Il se sent observé…

Célébré par l'affiche du 75e Festival de Cannes, The Truman Show est une œuvre d'anticipation qu'il convient de réétudier à l'orée de nos pratiques actuelles.

« Comme l’inoubliable Truman incarné par Jim Carrey qui frôle du bout des doigts son horizon, le Festival de Cannes prend acte de l’extrémité d’un monde pour l’appréhender à nouveau. ». C’est par ces mots que l’organisation du célèbre événement consacre The Truman Show sur l’affiche de sa 75e édition.  

Le Festival nous invite ainsi à la réflexion, prétextant un cinéma, et un monde, en pleine mutation. Une belle idée si on omet que le film de Peter Weir sorti en 1998 ne raconte pas notre futur, mais le sien et que celui-ci, contrairement aux voitures volantes de Blade Runner, a bien lieu aujourd’hui. 

Si on a allègrement qualifié le métrage de dystopie à l’époque, il n’aura pas fallu attendre bien longtemps pour le requalifier d’anticipation. Pourtant, le scénario d’Andrew Niccol n’invente rien et pioche son inspiration à travers le temps. Platon, Descartes, Philip K. Dick… ils sont nombreux à avoir posé leur cerveau sur les thèmes abordés par Niccol. Manipulation, esprit malin, réalité fabriquée, voyeurisme, un prisonnier objet de divertissement… tout ceci existait avant et a continué de pulluler par la suite, notamment au travers des œuvres comme Hunger Games ou Matrix

The Truman Show : l'horizon est un mur peint
Jean-Edouard avant la scène de la piscine @ Paramount Pictures

Néanmoins, l’influence la plus évidente de The Truman Show se situe chez Orwell avec son 1984 et Big Brother. L’entité omnipotente du roman a d’ailleurs donné son nom à la toute première émission de télé-réalité consistant à enfermer des inconnus plusieurs semaines et les filmer 24h sur 24. Une émission créée en… 1999, soit un an après la sortie d’un film dans lequel un inconnu était filmé (à son insu) 24h sur 24. Si vous avez vu en The Truman Show la dénonciation d’un voyeurisme malsain, d’autres y ont vu des planches à billets. Faut-il leur jeter la pierre ? Chez nous Loft Story réalisait des audiences exceptionnelles en 2001. En 2022, le public répond toujours présent pour les dernières péripéties des Anges, des Marseillais et autres Kardachiantes. Aujourd’hui on ne regarde plus un homme rivé sur sa télévision observant Truman, on est cet homme. 

The Influenceur Show

Les prédictions involontaires de The Truman Show, qui dénonçaient pourtant déjà les dérives de son époque (prenez ça les optimistes qui pensent que le monde s’améliore), ne s’arrêtent malheureusement pas à l’essor de la télé-réalité. De nombreuses analyses ont eu raison de pointer du doigt l’usage malin du film autour de la publicité, via notamment des placements de produits et des slogans directement dictés par les acteurs, ou de la société consumériste – les téléspectateurs se contentant de changer de programme à la fin, comme si le message n’avait eu aucune valeur, comme s’il était déjà trop tard. Mais ce que ces analyses n’avaient peut-être elles-mêmes pas vu venir, c’est l’éclosion des Trumen Show. 

Encore une fois, revenons sur ce que représente Truman aux yeux de Christof, le grand marionnettiste. L’homme est à la fois un produit dont l’image se vend (sur les coussins, les tasses…) et un commercial inconscient promouvant une vie rêvée. Des maisons colorées aux jardins entretenus en passant par des voisins, des collègues, des habitants toujours souriants, toujours sympathiques… même notre victime a son slogan (« Au cas où on ne se reverrait pas, une bonne soirée et une excellente nuit ! »). Son quotidien est fabriqué, mis en scène. Rien n’est réel. Cela te rappelle quelque chose ? 

The Truman Show : l'horizon est un mur peint
Ceci est une photo sponsorisée @ Paramount Pictures

Bonjour les réseaux sociaux ! Lieu saint où chacun se fabrique sa réalité, où on partage davantage une photo d’un plat gastronomique que ses pâtes au beurre de la veille, où on « like » le dernier achat vestimentaire de l’influenceuse du moment. Sous le faux prétexte de partager notre quotidien à nos proches, on fait surtout la course aux likes et aux abonnés et on suit des personnalités auparavant anonymes qui sont parvenues à atteindre une certaine notoriété par ces pratiques. Ce qui leur a d’ailleurs ouvert la voie aux contenus sponsorisés et aux placements de produits. Alors qu’en 1998, nous étions spectateurs, internet nous a offert les moyens d’être participants. The Truman Show n’a pas éveillé les consciences, il a entrouvert la boîte de Pandore.

De plus, bien que la grande majorité participe à cette supercherie (moi y compris), on peut également citer des exemples se passant de notre consentement. Des caméras qui nous suivent dès qu’on rentre dans une boutique ou qu’on traverse la rue (à ce sujet, coucou Person of Interest), l’omniprésence des pubs… autant d’éléments qui donnent du grain à moudre à celles et ceux qui ont l’impression de vivre dans un Truman Show. À l’extrême, on peut évoquer le syndrome « Truman », qui qualifie certains troubles paranoïaques. Truman partout ?

Truman nulle part. True Man, soit l’homme véritable, se caractérise par son innocence face aux manipulations, il est le seul élément naturel dans un univers factice. Ce n’est pas le concept Big Brother qui fait la réussite du film, c’est son personnage et sa quête de liberté, de vérité et ce, malgré les belles promesses du maître des lieux. C’est son aspiration au réel. À cet égard, si, à la fin, son héros touche son horizon, trouvant ainsi sa porte de sortie, le nôtre est toujours un mur peint au loin.

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